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Colonialisme: combler les «angles morts» de la mémoire

Le président allemand, Frank-Walter Steinmeier, a appelé les Allemands à se pencher davantage sur leur histoire coloniale, «angle mort» de la mémoire. «Nous, Allemands, par ailleurs si conscients de notre histoire, avons trop de lacunes quand il s’agit de la période coloniale»

Frank-Walter Steinmeier, président de l’Allemagne / Wikimedia Commons

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Temps de lecture: 3 minutes

PARISCOSMOP a choisi de reproduire cet article du bulletin d’information Allemagne Diplomatie pour la portée du sujet qu’il traite. Maintenant que le débat sur le colonialisme revient avec force et que les anciens empires semblent être mieux disposés à aborder leur passé, les déclarations du président allemand, Frank-Walter Steinmeier, résonnent au-delà des frontières du pays voisin. Il a en effet tenu un discours révélateur pendant l’inauguration des Musées d’ethnologie et d’art asiatique au Forum Humboldt de Berlin le 22 septembre dernier.

 

Nous reproduisons intégralement cette article avec l’aimable autorisation du Service des Relations publiques et des Médias de l’Ambassade d’Allemagne à Paris.

 

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© Allemagne Diplomatie,24 septembre 2021 / Anne Lefebvre

 

Le président allemand, Frank-Walter Steinmeier, a inauguré au Forum Humboldt de Berlin le musée d’ethnologie et le musée d’art asiatique. Il a appelé les Allemands à se pencher davantage sur leur histoire coloniale, «angle mort» de la mémoire.

 

Un lieu de connaissance ouvert sur le monde, ayant pour vocation de nourrir le dialogue entre les cultures: c’est l’ambition du Forum Humboldt. Cet ensemble culturel prestigieux vient de s’installer dans le château de Berlin reconstruit à l’identique. Il ouvre ses portes cette année, par étapes.

 

Cette semaine [20 au 26 septembre 2021] avait lieu l’inauguration du musée d’ethnologie et du musée d’art asiatique. Leurs collections ont été transférées de l’arrondissement périphérique de Dahlem. Mais leur arrivée au centre de Berlin a coïncidé avec l’émergence en Allemagne du débat sur le colonialisme, et ne s’est pas faite sans bruit.

 

Lors de l’inauguration, le président allemand, Frank-Walter Steinmeier, a souligné que cette période représentait encore un «angle mort» de la mémoire des Allemands. Il a appelé ses compatriotes s’y confronter davantage. «Nous, Allemands, par ailleurs si conscients de notre histoire, avons trop de lacunes quand il s’agit de la période coloniale», a-t-il dit. «Il y a des angles morts dans notre mémoire et dans notre perception». L’époque de l’Empire colonial allemand (1884-1914) a été «glorifiée ou, le plus souvent, oubliée par la mémoire collective».

 

Et si «la rupture de civilisation qu’a constitué la Shoah demeure unique dans notre mémoire nationale, le souvenir de l’Holocauste n’interdit en rien d’entretenir une mémoire empathique et consciente d’autres injustices, d’autres souffrances», a dit le président. Le Forum Humboldt, a-t-il plaidé, doit «être un lieu de mémoire et un exhortation à nous souvenir du militarisme, du nationalisme et du colonialisme en Allemagne».

 

Réémergence du passé

 

Edifié sur le tard par l’empereur Guillaume II, qui voulait assurer à l’Allemagne «une place au soleil» parmi les puissances européennes, l’empire colonial allemand s’est surtout constitué à partir de 1884. Il comprenait de vastes possessions en Afrique (Togo, Cameroun, région des Grands lacs, Afrique orientale, sud-ouest africain), dans les îles du Pacifique (une partie de la Nouvelle Guinée, îles de Samoa, îles Marshall et Nauru) ainsi qu’en Chine. Il est rapidement devenu l’un des plus vastes au monde, avant son démantèlement lors de la Première Guerre mondiale.

 

On redécouvre depuis quelques années les violences envers les populations autochtones qui ont marqué son histoire. C’est notamment le cas du génocide des Herero et des Namas, commis entre 1904 et 1908 sur le territoire de l’actuelle Namibie. L’Allemagne l’a officiellement reconnu il y a quelques mois, tout en négociant un accord de réparation avec la Namibie. Par ailleurs, le débat s’est aussi enflammé en Allemagne depuis quelques années autour du pillage des objets et des œuvres d’art dans les colonies, en posant la question de la restitution des œuvres.

 

Concernés en tant que société

 

«Les injustices que des Allemands ont commises durant la période coloniale nous concernent tous en tant que société», a souligné le président Steinmeier. D’une part, parce que les conséquences perdurent à long terme dans les anciennes colonies. Et de l’autre, parce que «dans notre pays, aujourd’hui, au cœur de notre quotidien, il y a aussi du racisme, des discriminations, de l’humiliation pour le prétendu étranger, et cela va jusqu’à l’agression et à la violence».

 

Pour M. Steinmeier, «nous ne comprendrons et nous ne surmonterons les racines du racisme au quotidien qu’en éclairant les angles morts de notre mémoire», notamment en ce qui concerne la période coloniale.

 

Le musée d’ethnologie et le musée d’art asiatique présentent au Forum Humboldt 20 000 objets d’une collection qui en comprend quelque 500 000. Tous ne sont pas encore visibles. Une nouvelle tranche du bâtiment doit, en effet, ouvrir ses portes au printemps 2022. Son inauguration permettra au public de découvrir les Bronzes du Bénin, des plaques de métal et les sculptures des XVIe-XVIIIe siècles qui décoraient autrefois le palais du royaume du Bénin (dans l’actuel Nigéria). Issus des pillages coloniaux, ils seront ensuite restitués par l’Allemagne à partir de 2022.

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