Alicia Paz à la MAL: peindre des femmes pour résister à l’effacement

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© Alicia Paz, Juntas, 2022

Loin d’une éternelle représentation patriarcale où les femmes sont envisagées comme des objets sensuels, silencieux et dociles… Les femmes de l’exposition Juntas (ensemble) de l’artiste Alicia Paz s’expriment activement et revendiquent une histoire partagée: «j’espère leur rendre humblement hommage, et revendiquer une sorte de matrilignage, une sororité symbolique». La Maison de l’Amérique latine (7e) accueille le travail protéiforme de la Mexicaine aux origines diverses jusqu’au 31 mars 2022.

«Pour la Maison de l’Amérique latine, je me suis concentrée sur le portrait féminin plus largement, en mêlant instinctivement des figures de ma vie personnelle à des personnages historiques qui m’inspirent», raconte l’artiste en conversation avec Lassla Esquivel, co-commissaire de l’exposition avec Julie Crenn. Si les œuvres sont le résultat d’intentions plastiques fortes, elles portent également un projet politique affirmé: rendre visible une histoire transculturelle, collective et intime des femmes.

Alicia Paz réunit des femmes issues d’époques, de cultures, de classes et de géographies différentes. Elles sont ses amies, des membres de sa famille, des femmes anonymes et des femmes célèbres. D’un portrait vers un autre apparaissent Nina Simone, Sor Juana Inés de la Cruz, Virginia Woolf, Marie Curie, Sonia Delaunay, Elvia Carrillo Puerto, Rosa Luxemburg, Angela Davis, Ana Mendieta, Billie Holiday, Olympe de Gouges, Phillis Wheatley, Rosario Castellanos, Mary Shelley, Anna Julia Cooper, Esperanza Brito, Audre Lorde et bien d’autres.

Sur le principe plastique des azulejos en trompe-l’œil, l’artiste peinte les visages féminins sur céramique. Le quadrillage résulte de l’assemblage des carreaux de céramique blancs. Une pâte dorée s’incruste parfois entre les plaques fictives ou se déploie en un motif ornemental ou encore entre dans la représentation même des figures. Façonnées de cette manière, toutes ces femmes, leurs existences et leurs exploits, résistent à l’effacement.

«J’ai vu des carreaux bleus et blancs de la céramique Talavera quand j’étais enfant au Mexique, et cela a résonné agréablement en moi, quand, plus tard dans ma vie, alors que je vivais en Europe, je suis tombée sur des faïences anglaises et néerlandaises de Delft, et sur des azulejos portugais. C’est une iconographie très riche à explorer, dans la mesure où elle reflète ma propre hybridité culturelle et mon parcours nomade», explique encore l’artiste.

Alicia Paz est née et a grandi au Mexique, avant de vivre aux États-Unis, en France et aujourd’hui au Royaume-Uni. Il n’est donc pas étonnant que l’artiste explore dans son œuvre Juntas les notions de déplacements, de territoires, de généalogies, d’identités, de cultures, d’esthétiques, de métissage et de représentation. Cette exposition réveille la curiosité et peut porter loin dans la connaissance d’une histoire personnelle et universelle des femmes.  

 

Infos pratiques

 

217, boulevard Saint-Germain 75007 Paris
Jusqu’au 31 mars 2022
Site internet

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