Expositions de photographie

Le Mexique vu par Henri Cartier-Bresson, Helen Levitt et Paul Strand

Photographie d'Helen Levitt

Helen Levitt, Tacubaya, Mexico City, 1941 / © Film Documents LLC

 

Un pays : le Mexique. Deux expositions de photographie : « Paul Strand ou l’équilibre des forces » et « Henri Cartier-Bresson, Helen Levitt, Mexico ». Les espaces Le Cube et Le Tube de la Fondation Cartier-Bresson accueillent le travail que ces trois grands photographes ont réalisé au Mexique peu après la Révolution de 1910. Ce pays latinoaméricain était alors le lieu rêvé par beaucoup de ceux dont le cœur penchait à gauche. Les photographies exposées, jusqu’au 23 avril, sont un beau témoignage de ces temps révolus.

 

Dans l’imaginaire collectif des années 1920 et 1930, le Mexique est le pays de la Révolution accomplie. Progrès social, réformes agraires, amélioration des conditions de travail, droit de grève et éducation pour tous. C’est une destination particulièrement attractive pour nombre d’intellectuels et d’artistes de l’époque. André Breton, Antonin Artaud, Sergueï Eisenstein, Edward Weston, Tina Modotti y ont séjourné.

 

Paul Strand ou l’équilibre des forces

Le Mexique n’est pas le seul sujet de l’exposition consacrée au travail de Paul Strand (Etats-Unis, 1890-1976). Il y a plusieurs autres projets : le Ghana du président Kwame Nkrumah, l’Égypte de Gamal Abdel Nasser, mais aussi l’Italie, la Grande-Bretagne et même la France. L’exposition présente près de 120 tirages issus des collections de la Fundación MAPFRE (Madrid), le film Manhatta réalisé par Paul Strand et Charles Sheeler en 1921 et quelques tirages prêtés par le Centre Pompidou.

 

La conscience politique de Strand détermine beaucoup de ses choix : les sujets, les lieux, les écrivains qu’il photographie… Sa démarche se politise davantage à partir d’un séjour au Mexique. Ce pays sera très important également pour l’élaboration de son style.

 

Paul Strand arrive au Mexique en novembre 1932 et y reste jusqu’en 1934. Il y a dans ses images quelques chose de sculptural. Les femmes et les hommes de la rue dont il fixe l’image semblent enracinés dans leur terre ou posés là comme des blocs de granit. À la manière des madones et des christs en bois qu’il photographie dans les églises, il confère à ses sujets une forme monumentale.

 

Tous ces travaux rappellent que Strand n’est pas seulement un photographe à tendance formaliste : la photographie comme un art à part entière. Mais aussi documentaliste, au service d’un projet politique. Strand est souvent présenté comme l’un des plus grands photographes du 20e siècle. Il a su admirablement proposer une synthèse entre ces deux polarités.

 

Henri Cartier-Bresson, Helen Levitt, Mexico

En 1934, Henri Cartier-Bresson (France, 1908-2004) part au Mexique pour suivre une mission ethnographique interrompue, faute de financement. Il décide alors d’y rester neuf mois très séduit par le pays. « Ce n’est pas une curiosité à visiter mais une vie à vivre », écrit-il à ses parents.

 

Cartier-Bresson rencontre Helen Levitt (Etats-Unis, 1913-2009) à New York en 1935. Fascinée par les photographies de Cartier-Bresson, Levitt embarque pour le Mexique en 1941. Elle reste dans la ville de Mexico et explore les territoires à la limite de la campagne. C’est l’intimité avec les personnages de ses images qu’elle recherche. Et comme Cartier-Bresson, c’est aussi le pittoresque qu’elle fuit. Ces deux périples au Mexique s’avèrent décisifs au début de leurs longues carrières. L’un et l’autre y forgeant leurs conceptions respectives de la photographie.

 

L’exposition présente une soixantaine de tirages des collections de la Fondation Henri Cartier-Bresson et des archives d’Helen Levitt. « Faites l’expérience de ne pas regarder les cartels. Vous aurez un peu de mal à vous dire qui est Cartier Bresson et qui est Helen Levitt tant le style se ressemble… », recommande Clément Cheroux, nouveau directeur de la Fondation Cartier-Bresson.