Exposition

L’Égypte, la dernière passion de Rodin

L'homme qui marche... en Égypte

L'homme qui marche de Rodin / © PARISCOSMOP

Une Égypte rêvée, fantasmée puis collectionnée. Pour la première fois, le musée Rodin présente la relation du sculpteur à l’art égyptien. Jusqu’au 5 mars 2023, l’exposition Rêve d’Égypte révèle une belle partie de la remarquable collection égyptienne de Rodin. Plus de 400 objets, tous restaurés pour l’occasion, et des œuvres de l’artiste établissent un dialogue de résonances qui dépasse les époques. Rodin ne s’est jamais rendu en Égypte… peut-être parce que l’Égypte habitait depuis toujours en lui.

 

Des sculptures, des dessins, des films et des photographies mettent en contexte les « amis de la dernière heure » de Rodin. Le sculpteur appelait ainsi les antiques qu’il chérissait. L’exposition évoque la résonance de l’art égyptien dans l’œuvre de Rodin à travers ses recherches sur la représentation du corps humain, la simplification des formes, le fragment ou la monumentalité. « Plus que tout, l’Égyptien m’attire. Il est pur. L’élégance de l’esprit s’enguirlande à toutes ses œuvres », déclarait l’artiste.

 

« Le Balzac est le Sphinx de la France »

Œuvre pivot de l’exposition, le Monument à Balzac devient tardivement pour Rodin un manifeste. Il le rattache à la tradition de l’art égyptien. « On a ricané autour de mon œuvre (Le Balzac), copieusement. C’est l’éternelle histoire, quand on ne veut pas faire comme tout le monde ! Ce fameux sac, comme on disait, ce qu’il y avait d’études dessous, de modelé patient, personne ne pouvait le deviner. Il faut être du métier ! On n’a pas voulu voir mon désir de monter cette statue comme un Memnon, comme un colosse égyptien ». Il ajoute dans l’un de ses carnets : « Le Balzac est le Sphinx de la France ».

 

La constitution de la collection de Rodin révèle l’histoire du marché de l’art et des antiquaires de cette époque. Rêve d’Égypte aborde les figures de passeurs, d’écrivains, d’artistes et d’égyptologues, qui ont nourrit l’artiste de sources visuelles, de récits et d’objets.

 

Une collection de 1124 objets

Rodin se passionne pour l’art égyptien assez tardivement. Il admire les découvertes de la nouvelle science de l’égyptologie au musée du Louvre. Avant 1870, l’Égypte apparaît par petites touches dans son art. Puis vers 1880, Rodin est tenté par l’iconographie égyptisante véhiculée par le symbolisme. A partir de 1890, il commence à collectionner des antiquités égyptiennes. Cette passion l’amène à réunir plus de mille objets, de l’époque prédynastique à l’époque arabe.

 

La collection est constituée de 1124 objets au total (une sélection de 400 fait partie de l’exposition) : 87 reliefs provenant d’éléments d’architecture, parois de tombe, parois de temple, 14 stèles funéraires, 288 statues et statuettes, 30 modèles de sculpteur, 32 éléments de sarcophages, de cercueils et masques, 144 objets divers, reliquaires, ex-voto, ouchebtis, Ptah-Sokar-Osiris, amulettes, vases canopes, etc., 143 vases en pierres et en terre cuite, 103 tissus et 283 plaquettes et objets en os. Un site internet les réunissant tous est ouvert à la consultation.

 

Dans sa quête de la nature et de la vie, Rodin se voulait « égyptien » et parfois aussi « grec » ou « japonais ». Et tandis que d’autres regardaient déjà vers les arts africains ou océaniens, l’Égypte reste la dernière passion de Rodin.

 

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