L’œuvre captivante d’Hossein Valamanesh relie l’Iran et l’Australie

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Hossein Valamanesh, Lotus Vault 2, 2013 / © ADAGP, 2021, photo: M. Kluvanek

Tout est apparemment loin et divergent: l’Iran et l’Australie, l’Océanie et le Moyen-Orient, l’art aborigène et l’architecture iranienne… Pourtant, l’œuvre artistique d’Hossein Valamanesh les rapproche et les fait converger dans les deux bâtiments de l’Institut des cultures d’Islam (18e). Jusqu’au 13 février 2022, Puisque tout passe est un rendez-vous incontournable avec l’œuvre de cet artiste né en Iran et émigré en Australie.

Hossein Valamanesh utilise une palette assez riche de médiums et explore une grande diversité de sujets: l’amour, la nature et la spiritualité. Ses racines iraniennes et sa terre d’adoption inspirent une œuvre intime et universelle d’une cohérence radicale. L’exposition propose de découvrir une sélection de pièces des années 1980 à nos jours.

Le parcours de l’exposition

Le visiteur plonge d’emblée dans un dispositif in situ. Des pans de tissu semi-transparent forment un dédale où se répète le mot amour en farsi. Au fond de l’espace se distingue un planisphère tenant davantage du puzzle que de la cartographie. Après cette désorientation volontaire, le parcours invite au recueillement méditatif. Le mouvement giratoire d’un derviche évanescent fait écho à celui de planètes et d’atomes, dans une ronde hypnotisante alliant l’infiniment grand à l’infiniment petit.

L’exposition prend ensuite une dimension introspective. Hossein Valamanesh célèbre la figure maternelle entre photographies d’époque et éléments naturels à peine transformés. Ces œuvres entremêlent l’Iran et l’Australie. La notion du double apparait dans une ombre projetée, une chemise à deux cols ou une silhouette en terre esquissée sur le sol. Plus loin, les œuvres textuelles empruntent à la calligraphie son souffle sacré pour tenter d’immortaliser la beauté du geste. Le voyage s’achève sur ces mots sculptés, comme chuchotés par une branche: «Ne dis rien».

Pour la réalisation de ses œuvres, Hossein Valamanesh évoque ses souvenirs d’enfance, son expérience de l’exil et le lien spirituel que les aborigènes entretiennent avec leur environnement. Tous ces sujets, il les fait converger dans une prise de conscience de l’impermanence des choses et des êtres. Puisque tout passe navigue entre les époques et les inspirations, entre les œuvres préexistantes et celles conçues spécialement pour l’événement.

L’origine d’une œuvre

«Voûte de lotus 2» est l’une des œuvres les plus marquantes de l’exposition de par les résonances et les convergences qu’émanent de ses formes. En voyage en Iran avec sa famille, l’artiste pénètre dans la Grande Mosquée d’Ispahan. «Cela a été une sorte de révélation», confie l’artiste. «Nous étions en train de regarder un motif au plafond et de comparer ce superbe trésor iranien à l’art aborigène… Je l’ai observé avec un œil australien». Cette expérience lui a inspiré cette œuvre monumentale qu’il a créée à son retour en Australie.

«Voûte de lotus 2» est à la fois imposante et délicate. Et au-delà de la prouesse technique qu’elle entraîne, cette œuvre est une ode à la façon dont les humains, par-delà les frontières et les différences culturelles, se rejoignent dans leur appartenance commune. Précisément, peu de temps après son émigration en Australie, Hossein Valamanesh a tissé des liens profonds avec des aborigènes australiens. Ce rapprochement d’une autre culture et d’une autre vision du monde s’est révélé déterminant pour son avenir en tant qu’être humain et artiste immigré.

Hossein Valamanesh a voyagé pendant quatre mois dans les régions d’Australie centrale. Là-bas, il a rencontré diverses populations aborigènes et a été en contact avec leurs arts, leurs traditions et leurs paysages. Il a fait la connaissance d’un peintre qui a accepté de lui apprendre les techniques et le style traditionnel de l’art aborigène à condition qu’il raconte «son histoire».

Convié à certaines cérémonies, il a été témoin de rituels qui vont l’ouvrir à la perspective d’une connexion profonde entre la nature et l’univers, entre sa terre d’origine et celle d’accueil. «J’étais très proche de la nature quand j’étais en Iran, mais sans n’y avoir jamais vraiment réfléchi. Je me sentais davantage concerné par la politique et les changements sociaux. C’est en Australie que j’ai vraiment pris conscience de mon rapport à la nature», raconte l’artiste.

L’exposition s’accompagne d’une programmation pluridisciplinaire mêlant arts de la scène, tables rondes et films. Deux conférences abordent la question de la représentation dans la culture persane et l’évolution géopolitique de l’Iran contemporain. Par ailleurs, un programme de films évoque la situation des aborigènes en Australie. Enfin, le jeune public bénéficie d’une offre dédiée proposant des spectacles, des ciné-goûters et la réalisation d’une derviche toupie.

L’exposition Puisque tout passe est une invitation sans rendez-vous qu’on ne devrait pas rater.

 

Infos pratiques

 

Institut des cultures d’Islam, 75018 Paris
Jusqu’au 13 février 2022
Site internet