Trois expositions

La Grande Bretagne et l’Irlande vues par Martin Parr

Photo de Martin Parr

Blackpool, England, 1993 / © Martin Parr — Magnum Photos

 

Martin Parr (Royaume-Uni, 1952) a le pouvoir de photographier l’âme. L’âme d’une époque, l’âme d’un pays, l’âme humaine. Chroniqueur de notre temps, photojournaliste sociologue, regard attendri ou délicieusement espiègle… Ses clichés sont uniques malgré leur banalité apparente. Son travail est l’objet de trois expositions à Paris. Réconciliation à la fondation Henri Cartier-Bresson (3e). L’Irlande de Martin Parr au Centre culturel irlandais (5e). Et Déjà view à la galerie Magnum Photos (11e). Une heureuse coïncidence !

 

Réconciliation, jusqu’au 12 février 2023

1989. Martin Parr tente d’intégrer l’agence coopérative Magnum Photos. L’un des co-fondateurs, Henri Cartier-Bresson, lui ferme la porte. Les deux photographes affichent ouvertement leurs différends artistiques. Mais après une rencontre amicale, ils vont sceller leur réconciliation. Malgré leur appartenance à « deux systèmes solaires différents », ces deux visions vont finalement coexister au sein de Magnum Photos. Martin Parr intègre l’agence en 1994.

 

2021. La cinémathèque française exhume le film Stop laughing – This is England (Douglas Hickox, 1962). Des photographies d’Henri Cartier-Bresson servent de matière première à ce court métrage. Cette découverte va nuancer les différends artistiques invoquées. Le film résonne de façon troublante avec l’ouvrage de Martin Parr The Last Resort publié 24 ans plus tard, en 1986. L’un et l’autre ont un sujet commun : la société du Nord de l’Angleterre au travail comme lors de ses loisirs.

 

Cette découverte est donc le déclencheur d’une nouvelle « réconciliation ». Cette exposition présente ce film, les tirages originaux de Cartier-Bresson, l’ouvrage The Last Resort ainsi qu’une commande plus récente Black Country Stories (2009-2010). Dans ce dernier travail, Parr retourne sur ses propres traces dans le Nord de l’Angleterre photographier… les Anglais au travail et dans leurs loisirs. Trois époques, deux regards pour décrire une même société et son évolution.

 

« Pour moi, l’Angleterre est l’endroit le plus exotique au monde : les manières britanniques, la stratification de la société. On le remarque même à leurs chaussures », Henri Cartier-Bresson.

 

L’Irlande de Martin Parr, jusqu’au 8 janvier 2023

L’Irlande en pleine mutation. Martin Parr a photographié l’Irlande entre 1979 et 2019. Il s’y est même installé au début des années 80. L’iconique photographe britannique est parvenu à saisir un pays marqué par l’américanisation, le Tigre celtique ou l’ombre du Brexit. Visite du pape en 1979, courses équestres et foires au bétail, salles de bal…

 

Ses clichés en noir et blanc puis couleur s’inscrivent entre récit historique et reportage social, entre documentaire et instantané. Son regard est plein de tendresse et délicieusement décalé. L’exposition présente également des travaux réalisés par d’anciennes étudiantes de la Belfast School of Art où le célèbre photographe est professeur invité.

 

Déjà View, jusqu’au 22 décembre 2022

Véritable conversation ludique entre deux importantes archives photographiques. Fondée sur l’ouvrage « Déjà View » (2021) de Martin Parr et Lee Shulman, cette exposition fonctionne par paires. À chaque œuvre de Martin Parr répond une image issue de la collection d’Anonymous Project. Ce dernier rassemble des photographies d’amateurs capturées entre 1950 et 1980.

 

Les photographies exposées immortalisent des scènes très diverses à travers l’Europe et les Etats-Unis. Des personnes de tous horizons profitent de leurs vacances ou célèbrent un moment passé ensemble. Parmi ces images se trouvent certaines des œuvres les plus iconiques de Parr. Chaque photographie et son pendant, bien que capturés dans différents lieux et à différentes époques, présentent des similitudes aussi fantasques que saisissantes.

 

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