Habibi : les identités LGBTQIA+ à l’Institut du monde arabe

Peinture Alireza Shojaian

Alireza Shojaian, Yannick Blossom at the mention of your name, 2020 / © Alireza Shojaian

Une première mondiale. Des artistes originaires de la plupart des pays arabes et des diasporas parlent librement d’amour, de genre et de sexualité. Habibi. Les révolutions de l’amour aborde ouvertement des sujets liés aux identités LGBTQIA+. Liberté de vivre, de créer et d’aimer. Ce sont les mots d’ordre qu’inspirent les 19 créateurs exposés à l’IMA jusqu’au 19 février 2023. L’exposition montre une facette inédite du monde arabe qui casse les clichés et ouvre les esprits. Prometteur !

 

Photographie, peinture, vidéo, performance, littérature, animation… Mais aussi émotions, souvenirs et rêves. L’Institut du monde arabe déploie 750 m², repartis entre deux étages, pour donner la parole aux artistes et à leurs récits singuliers. Originaires du monde arabe mais également d’Iran et d’Afghanistan, les créateurs proposent des esthétiques et des modèles de narration émancipatoires.

 

« Les artistes affichent dans leur travail tout ce qui peut tisser de nouveaux idéaux d’identification, de vie et d’émancipation. Ces artistes dépassent ainsi les genres et touchent à l’universel. Ils interrogent, se battent en inventant des œuvres bouleversantes ou exubérantes qui sont autant de témoignages sentimentaux », écrit Jack Lang, président de l’IMA, dans le catalogue de l’exposition.

 

Les artistes et leurs œuvres

Six Libanais, deux Marocains, deux Tunisiennes, deux Syriens, un Soudanais, un Saoudien, une Afghane, un Iranien, une Jordano-Américaine, une Franco-Algérienne et un Franco-Marocain. La plupart des artistes sont nés dans des pays arabo-musulmans et aujourd’hui vivent et travaillent en Europe. Une minorité résident toujours dans leur pays d’origine. Elodie Bouffard, Khalid Abdel-Hadi et Nada Madjoub sont les co-commissaires.

 

L’exposition interroge le regard que la société et l’individu portent sur les LGBTQIA+ dans un monde ou leur présence n’est toujours pas acceptée, voire menacée. Mohamad Abdouni, par exemple, a constitué de véritables archives de femmes trans à Beyrouth. Ce travail rend hommage aux histoires riches, mais occultées, des cultures queers et alternatives au Liban. Il s’agit d’une utilisation militante de l’archive qui rend visible et fonde l’histoire de cette communauté. Ces photographies font désormais partie de la collection de la Fondation arabe pour l’image qui se trouve à Beyrouth.

 

Un autre exemple. Dans sa série de broderies Papa suce et maman coud, l’artiste marocain Sido Lansari se joue des slogans de la « Manif pour tous ». Il se réapproprie et détourne le vocabulaire français lié à l’homosexualité et interroge la réelle tolérance de la société. Dans une autre de ses œuvres Sissy That Walk, Lansari présente les sous-titrages arabes des phrases culte de l’émission Rupaul’s Drag Race. Cette compétition télévisée pour l’élection de la « prochaine superstar du drag américain » est disponible dans tous les foyers arabes grâce à Netflix. Bien que l’homosexualité soit illégale en Arabie saoudite, Egypte et Iran, cette émission n’est ni contrôlée ni censurée dans ces trois pays.

 

Ballroom : une sélection de vidéos

Habibi. Les révolutions de l’amour accueille une sélection de vidéos d’artistes musicaux et de performeurs : une des plus célèbres drag queens arabes ; un danseur oriental queer syrien ; une jeune femme trans, le nouveau phénomène de la scène rap française ; et la drag queen Sultana, autoproclamée reine du Middle East Village. L’exposition propose aussi de nombreuses activités pour tous les publics : un Live de Jins, podcast qui s’intéresse au genre, aux sexualités et au féminisme des personnes arabes et/ou musulmanes ; une sélection de courts et longs métrages ; une soirée voguing et clubbing ; des rencontres, des débats, des actions éducatives et de médiation…

 

Depuis 2011, le Printemps arabe a permis une amplification du militantisme LGBTQIA+. Les activistes s’élèvent contre les lois pénalisant les actes homosexuels et proposent des alternatives sociétales. Leur mobilisation marque une rupture avec le déni de l’identité homosexuelle et transgenre. Qu’ils soient dans leur pays de naissance ou en diaspora, les artistes LGBT+, queer et alliés participent à ce mouvement.