Interview / Centre culturel canadien

Caitlin Workman : « La diversité pour rester frais, jeune et cool »

Caitlin Workman, directrice du Centre culturel canadien

Caitlin Workman, directrice du Centre culturel canadien / © Centre culturel canadien

Wilson OSORIO / Directeur PARISCOSMOP

 

Se rendre au Centre culturel canadien, dans le 8e arrondissement, est toujours une expérience enrichissante. Que ce soit pour visiter une exposition, assister à un concert, voir un film, participer à une conférence-débat, on vous souhaite toujours la bienvenue avec un sourire et même parfois avec un délicieux bonbon au sirop d’érable. Cette fois-ci, PARISCOSMOP s’y est rendu pour interviewer sa directrice, Caitlin Workman. Diplomatie culturelle, intérêts gouvernementaux versus choix de programmation, enjeux prioritaires… Autant de sujets que la diplomate a abordés sans ambages et dans la bonne humeur.

 

Cette interview inaugure une série de rencontres avec une dizaine de responsables de centres culturels étrangers à Paris.

 

Mme Workman est à la tête du Centre culturel canadien depuis 2018. Originaire du Canada anglophone, elle parle le français avec un accent très parisien. Quand les gens le remarquent, elle leur dévoile sa « tricherie » : elle a grandi ici. Étant la fille d’un journaliste canadien autrefois basé à Paris, Caitlin Workman a habité et suivi la plupart de ses études dans la rive gauche parisienne. Diplômée en histoire, elle rentre au Canada et commence à travailler au fisc. Plus tard, elle décroche un poste au Ministère canadien des affaires étrangères, qu’elle quitte temporairement pour devenir attachée politique, mais réintègre la diplomatie en 2018.

 

PARISCOSMOP : Le seul Centre culturel canadien du monde… Pourquoi à Paris ?

 

Caitlin Workman : Il y a une galerie dans notre ambassade à Londres. Il y a aussi une petite galerie dans l’ambassade à Washington, et un espace d’exposition et un grand auditorium dans notre ambassade à Tokyo. Par contre, nous sommes à Paris le seul à avoir un label Centre culturel canadien. Je pense que le Canada se rend compte de l’importance de la culture pour les Français. On le voit bien à Paris, on ne peut pas faire deux pas sans tomber sur une galerie, une salle de spectacle ou un musée. On sait aussi que la culture fait partie de l’ADN de leur diplomatie depuis presque toujours.

 

En quoi consiste exactement la diplomatie culturelle ?

 

C’est accomplir ses objectifs de diplomatie grâce à la culture et par la culture. Les questions qu’on se pose ce sont comment est-ce qu’on peut influencer, comment est-ce qu’on peut promouvoir les intérêts d’un pays via sa culture, via la voix de ses artistes et via certains aspects de notre culture et de notre société. La diplomatie culturelle est un vecteur d’influence. En fait, c’est ce qu’on appelle souvent le soft power.

 

On sait à quel point la culture peut être influente en France et à quel point les Français sont friands de culture. L’Europe plus largement… mais la France très particulièrement et notamment Paris. On le voit bien par le fait qu’il y a autant de centres culturels étrangers dans cette ville. C’est fou la densité de cette concentration de centres culturels étrangers à Paris. C’est en réponse à tout cela que le Canada a décidé de créer le Centre culturel canadien il y a bientôt 52 ans.

 

Comment peut-on concilier les intérêts du gouvernement et l’indépendance du choix de la programmation ?    

 

Avant de prendre ce poste, j’ai demandé au président du Conseil des arts du Canada « comment est-ce qu’on fait de la diplomatie culturelle en restant axé sur des sujets prioritaires et sans faire de l’instrumentalisation ? Il m’a répondu « c’est par le choix des artistes et par ce qu’ils souhaitent dire ». Cela peut toujours arriver d’avoir des visions différentes : d’un côté les artistes et de l’autre le gouvernement. Mais c’est aussi cela qu’on veut pouvoir montrer. C’est qu’il y a un espace pour le dialogue même si on n’est pas toujours d’accord.

 

On a assez souvent fait des événements avec par exemple des artistes ou des réalisateurs autochtones qui avaient des choses très très dures à dire sur le gouvernement fédéral et sur le gouvernement canadien. Et on est ravi de leur offrir cet espace parce que ça fait partie de ce dialogue. En aucun cas, ce qu’on attend est qu’un artiste soit un porte-parole du gouvernement ou même soit d’accord avec le gouvernement. Ce qu’on souhaite c’est de pouvoir montrer toute cette diversité de perspectives qui existent sur des sujets qui sont importants et de pouvoir créer ce dialogue.

 

Quelle est la ligne éditoriale et les sujets prioritaires de la programmation ?

 

Elle n’est pas écrite mais elle a été bâtie au fil des années. Ce qu’on recherche c’est d’abord la diversité pour rester frais, pour rester jeune, pour rester cool. On expose uniquement des artistes vivants. On a une vocation d’art contemporain. Et lorsqu’on peut, on aime bien donner une chance à des artistes émergents canadiens en Europe. Quant aux domaines littéraire, musical ou cinématographique, on est beaucoup plus opportuniste. Nous n’avons pas un budget infini, donc on rebondit sur des projets préexistants. On propose une date supplémentaire au Centre culturel canadien dans une tournée ou dans un programme préétabli.

 

Nous souhaitons soulever certains enjeux mais jamais aux dépens de l’excellence artistique. On a certaines zones d’action qui vont être prioritaires notamment les questions de diversité et d’inclusion. Que ce soit l’équité des genres – de tous genres : allant d’hommes, femmes, transgenres et tout ce qui peut être dans ce spectre –, les questions de diversité d’origine, des enjeux de personnes handicapées, du rapport au corps… Ou les questions par rapport à nos populations autochtones. L’écologie et le changement climatique font aussi partie de nos priorités.

 

Quels sont les nouveaux projets et ceux qui seront mis en œuvre pendant les JO ?

 

Pas de grandes révélations encore mais on se rend compte effectivement que les Jeux Olympiques vont arriver très vite. Cela peut être une opportunité aussi pour le Canada comme pour d’autres pays. Sans tout dévoiler, on va présenter un projet très spécial dans la galerie. Il va porter sur le sport canadien et sur les Jeux Olympiques d’été organisés à Montréal en 1976.

 

Comment serait, pour vous, une journée idéale à Paris ?

 

Elle commencerait par un café et un croissant dans une terrasse et en lisant le journal. Il fait beau dans ma journée parfaite parisienne (rires). Ensuite, une exposition vu toute la richesse de la vie culturelle. Aller à vélo jusqu’à la Fondation Louis Vuitton et voir ce qui se passe là-bas. Ensuite une balade le long du canal Saint-Martin pour finir en pique-nique aux buttes Chaumont. Et terminer la journée avec une pinte au Rosa Bonheur.

 

Votre dernière exposition ?

« Monet – Mitchell » à la Fondation Louis Vuitton. Je l’ai trouvée assez incroyable.

 

Votre dernier film ?

« Je m’appelle humain », documentaire sur la vie de la grande poétesse innue Joséphine Bacon.

 

Votre dernier festival ?

Le cycle de cinéma « Au Canada : une traversée documentaire », organisé par la Bibliothèque public d’information (BPI) entre septembre et novembre 2022.

 

Un restaurant cosmopolite à Paris ?

J’aime bien le « Double dragon », qui est un restaurant chinois dans le 11e.

 

Un endroit cosmopolite à Paris ?

Le Quartier chinois dans le 13e. S’y rendre du côté de la place d’Italie et faire toutes les petites épiceries chinoises.

 

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